MASSACRE

CRÉATION 2020

23 JANVIER - 8 MARS - COMÉDIE FRANÇAISE 

Texte : Lluïsa Cunillé

Traduit du catalan par Laurent Gallardo  

Mise en scène et scénographie : Tommy Milliot

Avec : Sylvia Bergé, Clotilde de Bayser et Nâzim Boudjenah

Dramaturgie : Sarah Cillaire

Lumière : Sarah Marcotte 

Son : Adrien Kanter 

Entretien avec Tommy Milliot à propos de Massacre de Lluïsa Cunillé

 

Pour quelle(s) raison(s) votre choix s’est-il porté sur l’autrice catalane Lluïsa Cunillé ? Et sur ce texte en particulier ?

 

 

En créant la compagnie Man Haast, j’ai fait le choix de me consacrer aux dramaturgies contemporaines, au sens large du terme (littéraire, mais aussi plastique ou scénographie). Après un premier travail sur l’auteur français Frédéric Vossier, je me suis tourné vers des écrivains étrangers comme le Norvégien Frederik Brattberg ou l’Américaine Naomi Wallace. Le texte de Lluïsa Cunillé s’inscrit dans cette perspective. Je l’ai découvert par le biais de la Maison Antoine Vitez avec laquelle je collabore régulièrement. Je suis également accompagné en dramaturgie par Sarah Cillaire qui participe au choix des textes. Comme à chaque fois, ce qui m’a accroché est d’abord l’histoire, puisque mon travail consiste avant tout à raconter des histoires. Massacre parle de deux femmes à un moment charnière de leur vie, contraintes à cohabiter alors que tout les oppose. On va traverser un moment de leur présent sans rien savoir ni de leur passé ni de leur futur. Ce moment unique de leur vie va être bousculé par d’autres présences, notamment celle d’un animal. Dans ce texte, où le sens apparent n’est pas forcément celui que l’on croit, ce qui n’est pas dit est essentiel et rend possible la projection continue du spectateur. Et c’est essentiel pour moi.

 

 

Votre investissement en faveur du théâtre contemporain provient de votre désir d’être dans le XXIe siècle et de votre amour pour la découverte des écritures étrangères. Avez-vous pu échanger, directement ou indirectement, avec Lluïsa Cunillé ?

 

Dans ce travail sur les écritures contemporaines, l’un des aspects importants pour moi tient au fait que les auteurs que je monte sur scène soient vivants. Vivant ne veut pas pour autant dire que j’ai un rapport personnel ou même proche avec eux. Ca correspond certainement plus au fait que l’on parle dans un espace temps commun du monde dans lequel on vit. Le lien est d’abord là. Après, chacun des rapports aux auteurs est conditionné par leur propre désir de faire - ou pas - le lien. Cela change nécessairement d’un projet à l’autre, d’un auteur à l’autre. Je sais que l’écriture de Lluïsa Cunillé est très reconnue dans son pays et que c’est une personne plutôt discrète, mais je n’ai pas encore eu de contact direct avec elle. Dans le travail, l’échange sur le texte passe d'abord par le traducteur. C’est un interlocuteur clé car il est le passeur et le médiateur du texte originel. C’est d’autant plus important que la mise en scène sera elle aussi au final une traduction de ce même texte.

 

Pour Massacre, vous signez mise en scène et scénographie. Comment imaginez-vous le huis clos ?

 

En effet, je ne dissocie jamais l’espace de la mise en scène, les deux sont intraséquement liés pour moi. La direction d’acteurs comme le rapport aux spectateurs naissent de l’espace. C’est le point de départ de tout : du jeu, de la dramaturgie, du son, de la lumière. Sons, lumières et costumes sont d’ailleurs des éléments constitutifs de la scénographie dans mes créations. Je ne conçois pas de décor, mais un espace de projection sensoriel rendu possible par la convergence de ces différents éléments. Dans une telle approche, je ne construis pas à proprement parler de huis clos, même si la salle du Studio théâtre se prête particulièrement bien à ce type d’atmosphère. Le huit clos est dans l’écriture - c’est la responsabilité du texte que de le bâtir. Je ne fais que la transposer sur scène et dans un espace de projection où chaque spectateur pourra se le représenter et le vivre d’une manière qui lui sera propre. 

 

 

Avez-vous des références picturales ou cinématographiques pour donner vie à ce drame psychologique ?

 

Il y a bien sur diverses sources d’inspiration et références. Pour un texte comme Massacre, je me suis par exemple tourné vers le cinéma de Claude Chabrol, qui est un cinéma qui laisse libre cours à l’imaginaire et où toutes les réponses ne sont pas données. L’étrangeté des silhouettes des oeuvres contemporaines des artistes danois Elmgreen et Dragset représente aussi une inspiration intéressante pour une telle histoire. Mais mes références sont plus larges et intègrent beaucoup de sons, de lumières, de matières que je peux croiser dans mon quotidien. Au hasard de déambulations, dans des musées notamment, des postures, des atmosphères, des apparitions peuvent être très prégnantes.

 

 

Votre méthode théâtrale repose sur « le vide comme point de départ de la création » et nécessite, selon vos propres mots, un engagement du comédien et du spectateur. Comment envisagez-vous le travail avec les comédiens de la Troupe ?

 

Les sources d’inspiration dans le travail, ce sont d’abord et avant tout les comédiens. Leurs corps, leurs voix d’acteurs. Dans chacun de mes projets, je fonde mon travail sur leur rapport au texte. On l’explore en allant au coeur de l’écriture, dans les sons et les sens des mots, de chacun des mots. Ca permet de traverser le texte physiquement, et pas simplement intellectuellement. Le jeu doit être un acte consacré du moment présent des lequel chacun des acteurs découvre les mots, chacun des mots, comme s’il ne les avait jamais rencontré auparavant. Tout ce qui est sur scène doit appartenir à ce temps présent. C’est ce qui permet au spectateur de découvrir l’histoire et de s’y projeter au même endroit que son voisin où que les comédiens sur scène. Le théâtre a cela d’unique et d’exceptionnel que c’est le seul endroit qui permette de vivre un même moment présent partagé par tous et porté aux limites du mysticisme.  

 

 

Production : Comédie Française 

Texte traduit avec le soutien de la Maison Antoine Vitez Centre international de la traduction théâtrale.