POUR TON BIEN

Mise en espace 2018 

Texte : Pier Lorenzo Pisano

Traduit de l'italien par Federica Martucci

Mise en scène et scénographie : Tommy Milliot

Avec : Louise Dupuis, Michèle Gurtner, Matthias Hejnar
Dramaturgie : Sarah Cillaire

Production : Théâtre Ouvert avec le soutien de la Région Île-de-France, de la Maison Antoine Vitez, de Fabulamundi-Playwriting Europe, du programme Culture de l’Union européenne, du projet movin'up spettacolo - performing arts 2017

Cette pièce a reçu le Prix Riccione - Pier Vittorio Tondelli 2017

L’équipe artistique, l’auteur et sa traductrice ont mené durant 15 jours à Théâtre Ouvert une résidence dramaturgique pour expérimenter cette pièce et ses possibles résolutions scéniques dans le cadre d’une session de l’ÉPAT (École pratique des Auteurs de Théâtre). 

Un Fils revient chez les siens, au sein de cette famille dont il s’est éloigné, entre une Mère (ou une Grand-Mère) envahissante, un Frère cadet qui souffre et un Père dont on ignore tout. De la simple visite jusqu'au dîner de famille, l’écriture pénètre les pensées parallèles et explore les non-dits de chacun. Que sait-on de nos proches ? Et les autres, ceux qui ne font pas partie de la famille, quelle est leur place ? A travers des dialogues imprégnés d’un humour acerbe, Pier Lorenzo Pisano nous amène à penser et peser le chantage de l’amour.

EXTRAIT 

Mère : Tu sais, hier j’ai acheté un grand délice au citron à la pâtisserie, la pâtisserie en bas de la maison, j’ai fait la queue et pendant ce temps je le regardais derrière la vitre, je l’avais déjà repéré, tout blanc, crémeux, je le regardais, et la queue avançait, et les numéros des clients défilaient, moi je n’ai pas pris mon ticket numéroté tout de suite, je ne me rappelais pas qu’il fallait prendre un ticket pour la file d’attente, et alors une dame m’est passée devant, une petite vieille, et la file avançait, et je regardais le gâteau, et au dernier moment, pile au dernier moment la dame devant moi, celle qui était entrée après mais avait pris un ticket, a acheté ce gâteau-là, le délice, et je l’ai vu pendant qu’on l’emballait, mon gâteau, celui que moi je voulais, et ils ont mis un nœud rouge dessus, si énorme, si vulgaire, comme si c’était pour un anniversaire, et elle est partie avec, et j’entendais ses talons claquer le sol, des talons à soixante-dix ans, et le tintement, celui de la clochette à l’entrée, tu te rappelais toi qu’il y avait une clochette dans la pâtisserie en bas de la maison ? J’en ai pris un autre, celui à côté, le même, exactement le même, je ne pourrais pas dire qu’il était moins beau, il n’y avait pas de différence, mais... mais ce n’était pas le mien, tu comprends, ce n’était pas celui que j’avais choisi, et ils l’ont emballé, et ils l’ont enveloppé dans du papier, mais sans nœud parce que franchement c’est d’un mauvais goût le nœud, et je suis sortie, j’ai fait du bruit avec la clochette, et peut-être bien que moi aussi j’ai choisi le gâteau de quelqu’un d’autre, parce qu’ils ne m’ont pas laissé prendre le mien, va savoir où il a atterri le mien, quelqu’un a emporté un petit morceau de moi, ce petit, tout petit morceau qui était sur ce gâteau, ils l’ont emporté et ils l’ont mangé, pour l’anniversaire d’un neveu bien gras ou... va savoir. Bref, je t’ai mis une part de côté, il est très sucré, c’est une bonne pâtisserie celle en bas de la maison, ils se sont agrandis, on dirait une de celles qu’on voit dans les films...