LOTISSEMENT

Lauréat du Prix Impatience 2016

Texte : Frédéric Vossier

Mise en scène, scénographie, lumière : Tommy Milliot

Avec Eye Haidara, Miglen Mirtchev et Isaie Sultan ou Matthias Hejnar

Dramaturgie et voix : Sarah Cillaire 

Images vidéo : Vlad Chirita

Régie lumière : James Groguelin ou Baptiste Mongis

Régie son et vidéo : Gaëlle Hispard  

Photos : Alain Fonteray

Production : Man Haast 

Soutien CENTQUATRE-PARIS, Montévidéo - Marseille, Région île de France, La Loge, Le carreau du Temple 

Dans un lotissement, en lisière de forêt et de plage, un homme, Lui, accueille sa jeune compagne, Elle, venue vivre dans sa maison. L’Autre va les regarder, les filmer, les surveiller de manière obsessionnelle. L’Autre, le voyeur, c’est le fils de l’homme. Ce qu’il voit apparaît sur un écran : est-on dans le fantasme, la réalité ou dans une reconstruction de celle-ci ? Des citations cinématographiques s’inscrivent ainsi dans l’univers du fils. La vérité qu’il va révéler est tirée pour l'essentiel de ses fantasmes érotiques. Les peaux noire et blanche se font violence en se touchant. Dans le pavillon, l'espace du père et celui du fils entrent en friction par écrans interposés : la loi des images se substitue peu à peu à la loi du père.

Pour cette pièce en forme de chronique familiale, l'écriture de Frédéric Vossier confronte réalisme et nouvelles technologies au sein d'un dispositif qui fragmente à la fois le temps, l’action et les points de vue. Le fils invente la vie de son père à partir d'extraits de films et de scènes d'intimité captées par des micro-caméras, il crée une trame comme s'il pouvait donner du sens à un réel dont il préfère se tenir à distance. Il va révéler la vérité sur son père et Patricia, une vérité tirée pour l'essentiel de ses fantasmes érotiques. La dramaturgie de Lotissement s'appuie sur cette révélation attendue que le fils, scène après scène, entend livrer tout entière. Dans le pavillon, l'espace du père et celui du fils entrent alors en friction par écrans interposés. Les enregistrements et les captations servent de preuves accablantes : la loi des images se substitue à la loi du père.

Pour autant, et c'est là la force de la pièce, la vérité des personnages demeure énigmatique, les questions restent sans réponse, qu'elles soient de l'ordre du non-dit ou des adresses directes. Tout peut basculer d'un moment à l’autre dans cet espace où les ombres menacent, celle du fils rôdeur et celles (« les autres », « les deux frères ») issues du dehors. Les personnages se parlent sans se parler vraiment, laissant leurs réelles motivations et leurs attentes flotter en filigrane. Dans ce lotissement fantasmé, les mots explorent la brûlure d’aveux impossibles : l’amour d’un fils pour son père et celui d’une amante pour un homme. « Il faudrait qu’on arrive à se transformer […] Et alors nous pourrions échanger des paroles sérieuses sur des sujets sérieux », déplore Patricia. Si la jeune femme espère sans conviction une telle métamorphose, le fils, lui, se fait l’artisan du changement : dans l’univers fantasmatique du jeune homme, Vossier injecte des citations cinématographiques qui vont de Reflets dans un œil d’or de John Huston à Mado de Claude Sautet en passant par le Dupont Lajoie d’Yves Boisset. Le pouvoir de séduction des images n’agit alors plus comme échappatoire au réel mais se substitue à lui. Après l’échec de la parole, c’est le sens qui est dynamité.